Partager l'article ! Du Domaine des murmures, de Carole Martinez: Voici un roman qui ne devait pas déplaire : l'histoire d'une femme, au XIIe siècle qui, pour écha ...
Voici un roman qui ne devait pas déplaire : l'histoire d'une femme, au XIIe siècle qui, pour échapper à la destinée toute
tracée qu'on lui réserve - épouser un homme choisi par son clan - se tranche l'oreille
le jour où elle doit épouser Lothaire, se fait ensuite recluse, avec la bénédiction de l'évêque et doit vivre comme une sainte, dans une cellule qui est comme sa tombe, le symbole de sa mort à la
vie du monde, dans l'attente d'une résurrection. Violée la veille de sa mort au monde, Esclarmonde donnera naissance à un fils, Elzéar - autant dire Lazare, le ressuscité. Lothaire entretemps a
accepté, dans la douleur, l'humiliation qu'il a subie et, ne pouvant devenir l'époux de la sainte, il se fera son chevalier servant, chantant et composant pour elle.
Bien d'autres péripéties attendent le lecteur et le roman, il faut bien le dire, se laisse lire d'un bout à l'autre, sans déplaisir. Et pourtant une gêne s'installe. Quelle est-elle ?
Il y a d'abord que nous est servie ici, dans ce roman qui dépasse quand même la production moyenne française par sa qualité d'écriture - une jolie écriture, oui, jolie et Martinez sait tout de même écrire - qu'on se retrouve dans un Moyen Age bien convenu : la recluse, violée, les miracles, les croisades... Convenue surtout, cette vision de la sainteté et Esclarmonde est un peu la parodie de ce qu'une sainte réelle pourrait être.Carole Martinez aurait gagné à méditer les paroles de Bernanos, qui, en imaginant l'abbé Donissan de Sous le soleil de Satan, redoutait d'avoir échoué à peindre la vie d'un saint du dedans. On ne peut pas, dit-il, y réussir et c'est pourquoi aussi il faut envisager cette tentative avec une sorte de crainte, avec la peur du blasphème. Martinez échoue terriblement. Bien davantage que Bernanos, le chrétien Bernanos, elle ne peut regarder sa sainte que de l'extérieur. Esclarmonde sent la pacotille, elle ne vit pas, ne parle pas comme parlerait une sainte. Ou plutôt, elle mime, elle parodie la vie et les paroles d'une sainte.
Mais il y a encore autre chose : il y a que ce roman, par la voix qui raconte - on avait déjà eu ce sentiment en parcourant le précédent roman, Le Coeur cousu - ne prétend, ne veut s'adresser qu'aux femmes. "Certes ton époque n'enferme plus si facilement les jeunes filles, mais ne te crois pas pour autant à l'abri de la folie des hommes."(p.188) C'est dit : une femme, une recluse, par-delà les siècles, prétend mettre en garde les femmes contre les hommes. Et véritablement toute la lecture du roman donne ce sentiment que le texte ne peut, ne doit pas être lu par un homme. Drôle d'impression au final : un ouvrage qui semble vous exclure de sa lecture, vous dit : toi, homme, tu fais partie du camp des éternels agresseurs, ce camp des mâles qui sont toujours prêts à enfermer et violenter les femmes.
On voit ce qui a pu séduire dans ce roman qui, je le répète, est loin d'être le pire qu'on puisse lire aujourd'hui. Séduire les jeunes filles, les jeunes gens de notre époque en mal de pénitence facile.
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