Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 17:38
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Dans un monde devenu virtuel, les églises resteront bientôt comme des météorites de réel, exilées sur la Terre.
Par littérature
Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 19:11
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Quelle attitude adopter, me dit Alberto C., face à un homme qui est (se croit) supérieurement intelligent, et qui ne peut s'empêcher de le laisser paraître ? Tirer dans l'autre sens, jouer l'idiot, balbutier, lancer ses yeux dans le vague d'une fenêtre, d'un plafond. Le fol en Christ, plutôt que le folliculaire.
Par littérature
Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 12:07


Je n'en suis pas à en faire de la réclame, mais je suis bien obligé de constater que, des dix derniers livres que j'ai lus, aucun, je dis bien aucun, ne l'a été au format papier. Mes dix dernières lectures sont des livres numériques. Il suffit de télécharger gratuitement une ou deux applications - on devine facilement lesquelles - pour avoir accès à des milliers de livres, eux-mêmes gratuits et tous d'excellente qualité littéraire, puisque ce sont ce qu'il est convenu d'appeler des "classiques". Me voici donc à lire Suétone, César, Browning, Proust, Chesterton, Tocqueville, Tolstoï, Sun Tzu, Flaubert et quelques autres sur l'écran d'un téléphone ou d'une tablette électronique. Aucune réclame, disais-je. Simplement, je constate qu'on ne lit pas plus mal ainsi que sur du papier ; peut-être lit-on mieux, puisqu'on peut grossir la police de caractère et par exemple choisir le fond lumineux de son écran. Je constate encore que, si je le voulais, je pourrais désormais passer le reste de mon existence sans plus payer aucun livre, en lisant ,dans ce qu'il me reste de temps, ceux de ces classiques que je n'ai pas encore lus. La mythologie de l'écrivain qui sort un livre, en fait la promotion, en signes quelques dizaines ou quelques milliers en prend pour son grade ; et c'est une des raisons qui certainement expliquent la résistance de beaucoup, dans ce milieu dit littéraire, face à ce nouvel usage de la lecture. Suis-je encore un écrivain, si mes livres ne sortent pas en […]
Par littérature
Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 21:55


Il me semble qu'un écrivain, me dit Alberto C., ne devrait pas écrire pour un lecteur imaginaire ; une foule de lecteurs anonymes, à quoi se confond un lecteur imaginaire ; il devrait écrire chaque livre pour un seul, qu'il connaît, dont il peut dire le nom, connaît les sentiments, les espoirs, les peurs. Car on peut être dur, on peut vouloir être impitoyable, si on s'imagine une foule ; mais, on est pris de pitié, si on garde devant soi l'image d'un seul, qu'on connaît. Et même, il suffit qu'on l'ait vu ; il suffit que, sans le connaître, simplement en le regardant dans une foule, on le distingue parmi les autres, on l'extrait de la foule. Il suffit donc qu'on le considère, qu'on tente de le considérer, avec ce regard de pitié qui fait de cet anonyme une personne, un semblable, et non pas un individu parmi d'autres, tous identiques. Car c'est à cela qu'on se condamne, si on ne considère que la foule : l'anonymat, le regard froid, indifférent et, si on cherche à étre un écrivain, ou un peintre, la méchanceté, la haine, le désespoir. Si Bernanos composait ses livres dans des cafés, c'est qu'il voulait écrire pour un seul ; pour ne pas perdre de vue le visage de l'homme ; pour ne pas être tenté, considérant l'homme imaginaire des foules, de le détester. Et même le criminel peut difficilement commettre son forfait, s'il regarde dans les yeux sa victime. J'ai peur que Béla Tarr compose ses films sans penser à un être humain en particulier ; j'ai peur qu'il se contente de ne […]
Par littérature
Samedi 12 novembre 2011 6 12 /11 /Nov /2011 12:37

Le temps passant, et bien que - c'est le moins que l'on puisse dire - peu assidu aux soirées dites littéraires, aux cocktails festifs où les uns les autres se regardent et s'admirent, convaincus, tous, d'en être, d'appartenir peu ou prou à un milieu littéraire qui n'a de littéraire que le nom, le temps passant, il m'arrive de rencontrer et mieux connaître certains écrivains, écrivaines, écrivants. Un de ceux que je connais le mieux est Mathias Enard. Nous avons des amis communs et il est arrivé quelquefois que nous dinions ensemble, chez l'un ou chez l'autre. J'ai connu Mathias, alors qu'il n'avait pour ainsi dire rien publié. Ainsi ai-je pu lire, quelques mois avant qu'il ne soit édité, son premier roman, La Perfection du tir. Depuis, on sait que plusieurs romans ont été écrits et, souvent, bien reçus, c'est-à-dire-primés. Cela va continuer, oh oui, cela va continuer ! Mathias, nous en convenons entre amis - je veux dire, lorsqu'il nous arrive de parler de lui, entre amis communs - est un malin. Une de ses grandes qualités (?) est d'avoir compris et accepté ce que la plupart des éditeurs et des lecteurs attendent qu'on leur serve : du cliché, si possible oriental, voyageur ; des romans faciles, vite lus, vite digérés. Zone, me direz-vous ? Mais le nombre de pages importe peu : Zone, ce sont d'autres clichés, du voyage toujours, mais délayé, allongé, bavardé. Et puis des noms d'écrivains, à foison. Mathias a pris la pose, je n'ose dire le pli, de l'écrivant voyageur. […]
Par littérature
Jeudi 10 novembre 2011 4 10 /11 /Nov /2011 10:06


Engagé sur le pont des Arts, tandis que je me rends au travail, ce matin, me voici pris dans un flot de clichés. Cliché, que ces caméras installées au milieu du pont, dans l'intention évidente de tourner une publicité. La jeune fille jouant les sportives dénudées grelotte et, au moment où je la dépasse, me jette un regard où je ne suis pas, où elle n'est pas non plus sans doute, chacun froid dans son rôle, elle l'absente, le porte-manteau d'une marque, la femme-système, un des maillons de la chaîne d'images dans laquelle nous sommes tous enfermés ; elle l'absente qui m'a photographié du regard, moi qui l'est photographiée de même. Si habitués à l'image, tous, dans l'équivalent perverti de ce qui jadis pouvait être une grâce, l'image habituelle aujourd'hui, comme on disait jadis d'une grâce qu'elle pouvait l'être. Cliché que cette vue de Paris, photographie des millions de fois, tant de fois qu'aujourd'hui il est devenu impossible de voir ce qu'on voit. Le cliché fait écran, définitivement, ou alors il faudrait , détruire toutes les images et aller jusqu'à effacer notre mémoire. Cliché même que ce canard que j'aperçois à droite, en me penchant un peu, sur la Seine. Naïvement, j'ai d'abord pensé qu'il était le seul être libre, dans ce paysage de clichés, à s'ébattre sur l'eau, jouant avec ses ailes. Mais lui aussi fut photographié tant de fois qu'il n'est pas exclu qu'il ait appris à prendre la pose. Je comprends aujourd'hui ces mouvements que nous avons si vite qualifiés […]
Par littérature - Publié dans : Destruction de l'homme

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